Manipulative et malhonnête

Une vidéo à charge, subventionnée par l’argent des contribuables

La Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf en France s’insurge face aux procédés malhonnêtes et mensongers utilisés au sein d’une vidéo parue le 26 février 2023 sur la chaîne YouTube “Spline LND” intitulée “Une SECTE à l’école ?” Cette création audiovisuelle utilise des procédés manipulatoires (musique, effets spéciaux, images d’intelligence artificielle, affirmations non étayées) pour faire penser aux spectateurs que les écoles Waldorf seraient dangereuses et sectaires et que les professeurs seraient violents envers les élèves. La Fédération, qui représente les établissements Waldorf en France, s’insurge contre ces procédés déloyaux. Elle s’interroge aussi sur le fait que cette vidéo indigne ait été financée par des deniers publics. 


Des procédés indignes 

La Fédération a relevé, entre autres manquements aux bonnes pratiques journalistiques :  

  • Le manque de recherche de la vérité  
  • L’absence de pluralisme des sources
  • L’utilisation de témoignages à charge uniquement, présentant des informations inexactes, orientées et sans preuves tangibles 

Cette vidéo est construite autour d’un seul témoignage à charge : celui d’un ancien élève, qui est commenté longuement par un auto-proclamé “lanceur d’alertes”, critique virulent de la pédagogie Steiner Waldorf depuis des années et par plusieurs intervenants qui expriment des opinions non étayées, qui sont renforcées par des images d’une rare violence, issues de l’intelligence artificielle, sur fond de musique inquiétante.

Cette création cinématographique d’une rare malhonnêteté vient s’attaquer à la réputation des établissements scolaires Waldorf et au jugement des parents qui y inscrivent leurs enfants en se réclamant du titre de “documentaire”.  Elle ne pourrait tout au plus que se réclamer d’être une tribune, par son absence de pluralité des sources et son manque d’enquête approfondie. Dans un entretien accordé à Telerama, son auteur a d’ailleurs expliqué n’avoir jamais mis les pieds dans une école Waldorf parce qu’il pensait qu’on lui dissimulerait la vérité : “Les témoins dans cet épisode décrivent des accusations de triche de ces établissements vis-à-vis de l’inspection académique…. Si j’y étais allé, aurais-je vu ce qui s’y passe vraiment? La question se pose.” La Fédération quant à elle s’interroge sur la validité d’un tel argument.

Une collection de témoignages et d’opinions non étayés

Le titre, très orienté, de cette vidéo, qui utilise le mot SECTE, en caractères majuscules, donne le ton. Celui-ci est immédiatement appuyé par l’annonce d’un financement par l’Etat, via le programme CNC talent, qui semble donner une caution officielle à ce qui va suivre. Cette vidéo ne relève pourtant pas d’une enquête de fond menée par un journaliste professionnel, il ne s’agit que d’une simple collection de témoignages et d’opinions à charge qui sont avancés sans que leurs auteurs ne précisent jamais leurs pensées ni ne prouvent leurs affirmations. Ainsi, à aucun moment, au cours de cette tribune, l’auteur n’a cherché à présenter des points de vue contradictoires. En effet, tous les intervenants ont le même avis sur les écoles Waldorf.

A titre d’exemple, au sujet du Socle Commun de Compétences et de Culture, un intervenant assène : “Moi je pense qu’elles (les écoles Waldorf) ne le respectent pas du tout et que quand des inspecteurs disent que le socle commun semble respecté, eh bien c’est qu’il y a eu tricherie pendant les inspections”. (à 38’54 de visionnage)

“Le respect du programme, non c’est généralement de la tricherie, et une manière de tromper l’institution, les parents, les élèves eux-mêmes. Ils n’ont rien compris aux photocopies qu’ils ont recopiées dans leur cahier pour prouver qu’ils suivent le programme.” (42’43)

La Fédération Pédagogie Steiner Waldorf relève qu’il s’agit d’une opinion d’une part, et d’un mensonge éhonté d’autre part, et elle rappelle que la plupart des inspections sont désormais conduites de manière inopinée, et que même dans cette vidéo, lors de son intervention, Daniel Groscolas, ancien Inspecteur Général de l’Education Nationale affirme qu’il n’y a jamais eu la moindre preuve de lien avec une “secte”. (37’30) Son intervention n’est probablement maintenue dans cette vidéo que pour y apporter le crédit dû à sa fonction, même si son message tend plutôt à contredire les propos tenus par les intervenants.

Une musique de fond pour influencer les émotions du public

Pour appuyer la collection d’affirmations fantaisistes des intervenants, contestées très vivement par la Fédération des écoles Waldorf, des musiques de fond angoissantes ou dramatiques ont été choisies de toute évidence pour suggérer l’ambiance d’une secte, pour accroître la gravité des propos tenus, et afin d’influencer les émotions du public et donner plus de poids aux arguments des témoins.  

Des images violentes issues de l’intelligence artificielle et non signalées comme telles

Cette manipulation est portée à son paroxysme quand pour appuyer les accusations de violence émises par l’ancien élève témoignant à charge, des images générées par l’intelligence artificielle sont utilisées afin de les illustrer : on voit par exemple un homme au visage déformé par la colère, qui semble hurler sur une élève, comme si une caméra avait été présente et qu’elle permettait de vérifier les dires de ce témoin à charge. A aucun moment il n’est signalé que ces images ont été générées artificiellement. Quant à ces accusations de violence particulièrement graves, qui si elles avaient été avérées auraient été traitées avec le plus grand sérieux, elles n’ont jamais été portées à la connaissance de la Fédération, ni n’ont jamais fait l’objet de plaintes officielles, et aucun autre témoin n’est venu les corroborer. En revanche, de nombreux parents et anciens élèves, suite à la publication de cette vidéo, ont tenu à exprimer leur désarroi et leur surprise face à la présentation qui était faite des établissements Waldorf, et qui était totalement contraire à leur expérience. 

Les parents présentés comme dépourvus de jugement

Quelques témoignages de parents enthousiasmés par la pédagogie Steiner-Waldorf sont présentés, mais ils sont désamorcés d’emblée et vidés de tout leur sens, ces parents étant systématiquement présentés comme des personnes sous influence et dénuées de jugement, ou victimes d’un “discours marketing” accrocheur “fin et travaillé” (53’33). Pour enfoncer le clou, le témoin central affirme en fin de vidéo, sur fond de musique triste  “Il suffit de pas grand-chose comme faille chez un parent pour se faire avoir par Steiner(à 54’28 de visionnage). Cette façon de faire est particulièrement révoltante pour les parents qui prennent sérieusement leur responsabilité de parents, se renseignent sur la pédagogie, visitent les écoles (à la différence de l’auteur de cette tribune audiovisuelle) et s’y impliquent très activement, ce qui leur permet de savoir pertinemment bien ce qui s’y passe, sans qu’ils n’y trouvent à redire.

Ces mêmes parents se font systématiquement attaquer sur les réseaux sociaux quand ils prennent la parole pour contredire les propos outranciers qui y sont tenus par certains détracteurs de la pédagogie Steiner-Waldorf, et sont bannis des pages tenues par ceux-ci, afin qu’aucune voix discordante ne vienne contredire leurs propos. Toute personne qui semble associée même de très loin au mouvement Steiner-Waldorf est dénoncée sur X / ex-Twitter, y compris les employeurs de parents qui témoignent auprès de l’ANPAPS (à l’image du CNRS dont plusieurs chercheurs ont fait des témoignages positifs), mais c’est aussi le cas du Service Civique, de l’UNESCO, d’Edgar Morin, de Jean-Marc Jancovici, du roi Charles III, et même du Pape, (ces deux derniers ayant consommé du vin issu d’une exploitation en biodynamie…) !

Des accusations de sectarisme qui ne tiennent pas la route

L’accusation de sectarisme elle-même, qui fait pourtant l’objet du titre de cette tribune vidéo, ne tient pas la route : la pédagogie Steiner-Waldorf est accusée de sectarisme pour son lien à l’anthroposophie. Celle-ci est comprise au sein de la Fédération des établissements Waldorf comme une démarche personnelle d’exploration du vivant, qui permet aux pédagogues de mieux comprendre les enfants, les étapes de leur développement, et d’adapter au mieux la pédagogie à celles-ci. Or l’ancien élève qui témoigne dans cette vidéo le dit lui-même : il n’a jamais entendu parler d’anthroposophie au cours de sa scolarité en école Waldorf. De même, l’auto-proclamé “lanceur d’alerte” confirme que l’objectif des écoles n’est pas de former des anthroposophes, selon lui, “parce que ça se verrait” (52’20), mais qu’il serait plutôt de “sensibiliser” les élèves à ce que “différents courants spirituels” ont à proposer. La Fédération se pose la question de l’intérêt de financer une tribune à charge contre les établissements Waldorf pour une accusation de “sectarisme” aussi infondée.

Un label exigeant, garant de qualité

Si les écoles Waldorf ne sont pas parfaites, à l’instar de tous les autres établissements scolaires, elles veillent pourtant à répondre avec célérité aux éventuels dysfonctionnements qui iraient à l’encontre des valeurs dont elles se réclament. La Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf, en partenariat avec l’Inspection Académique, veille au respect du socle commun de compétences et de culture. La bonne mobilité des élèves vers des écoles de l’Education Nationale et les très bons résultats au bac des élèves issus de lycées Waldorf attestent de la qualité du programme enseigné.

Comme elle l’a déjà exprimé par ailleurs, la Fédération dément toute violence ainsi que toute dérive spirituelle et ésotérique dans ses établissements labellisés et rappelle que la pédagogie Steiner-Waldorf est présente dans le monde entier, qu’elle s’adapte avec succès à de très nombreuses cultures et qu’elle y est reconnue pour la qualité de l’enseignement qu’elle prodigue. A l’image de la France, les écoles qui couvrent tout le cursus scolaire d’un pays sont en général récompensées par d‘excellents résultats aux examens nationaux. L‘esprit critique, la capacité de jugement et l’éducation à la liberté comptent – au contraire de ce qui est avancé dans cette création audio-visuelle – comme des points forts de la pédagogie Steiner-Waldorf.

Des inspections de l’Education Nationale inopinées et régulières

En outre, dans la très grande majorité des cas, les inspections de l’Éducation nationale se déroulent de façon inopinée. Dès lors, la Fédération conteste formellement les propos qui laisseraient penser à de possibles manigances ou dissimulations en amont de ces contrôles. Les établissements labellisés par la Fédération travaillent constamment à leur propre amélioration, avec le soutien de leur Fédération et sous le regard de l’Éducation nationale. 

Aucune dérive sectaire constatée au sein des écoles Waldorf

La Miviludes elle-même reconnaît n’avoir jamais constaté aucun élément permettant de caractériser moindre dérive sectaire au sein des établissements Waldorf.

Une mascarade financée par les deniers publics

L’auteur de cette tribune conclut sa vidéo par une mascarade singeant le pluralismeaprès 56 minutes de présentation d’éléments à charge contre la pédagogie Steiner-Waldorf, il lit à l’écran une partie des réponses que la Fédération a envoyé par email à des questions écrites qu’il lui a posées avant la diffusion de sa vidéo-tribune, lecture qu’il entrecoupe par son opinion personnelle. En refusant d’enquêter au sein des écoles Waldorf, en ne donnant pas la parole à la Fédération ou aux parents satisfaits de la pédagogie qu’elle représente, ou dans des conditions qui marginalisent leur prise en compte, l’auteur de cette vidéo manque à son devoir de présenter des informations objectives, vérifiables et équilibrées. Il produit au contraire une tribune visant à s’attaquer à la réputation d’un réseau d’écoles pourtant reconnu de par le monde, régulièrement inspecté par l’administration publique, et formant des jeunes qui s’intègrent parfaitement dans notre société, et qui sont désireux d’y apporter leur contribution.

Dans ces conditions, on peut s’interroger sur le bien-fondé d’accorder des deniers publics à une telle entreprise, qui participe à une campagne de stigmatisation de grande ampleur à l’encontre des établissements Waldorf, et s‘attaque au droit à la liberté de choix d’instruction pourtant garanti par notre constitution et inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. A l’image du Fonds Marianne, qui a servi à financer des entreprises douteuses sous couvert de lutte contre le séparatisme, la Fédération estime qu’il s’agit ici aussi d’une forme de détournement des fonds publics.

Préservons la diversité pédagogique en France !

En se référant dans leurs accusations à des textes d’un autre âge qu’ils ont sorti de leur contexte, en refusant de visiter nos écoles afin de voir ce qui y est réellement enseigné, et de juger de la qualité des fruits portés par la pédagogie Steiner-Waldorf, ce sont nos détracteurs qui font preuve d’un dogmatisme affolant. Ce faisant, ils s’attaquent à une liberté essentielle pourgant garantie à la fois par la loi sur l’instruction obligatoire du 28 mars 1882, qui statue que “les parents sont libres de choisir le mode d’instruction de leurs enfants (à domicile, dans l’enseignement public ou dans l’enseignement privé sous contrat ou hors contrat d’association)”, et par la Déclaration universelle des droits de l’homme selon laquelle “Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants“.

Il est aberrant de constater qu’un organisme dépendant de l’Etat participe à une campagne de stigmatisation de nos établissements qui vise à priver nos concitoyens d’un accès à une pédagogie qui a fait ses preuves depuis plus de cent ans, est très appréciée de par le monde, et est revisitée dans les réseaux et les domaines de recherche en éducation les plus à la pointe du moment.

Veillons à preserver la diversité pédagogique de notre territoire!