

Réimaginer l’éducation pour construire l’avenir
Rencontre entre le cercle européen des écoles Waldorf et l’UNESCO
Le 29 mai 2026, une rencontre de travail s’est tenue à Paris entre ECSWE (European Coucil for Steiner-Waldorf Education) — qui réunit les fédérations des 800 écoles Waldorf présentes dans 28 pays européens — et une équipe du programme éducation de l’UNESCO. Au cœur des échanges : le programme Futures of Education, qui invite à repenser en profondeur le rôle de l’éducation face aux grands défis contemporains. Cette rencontre a fait émerger de fortes résonances entre les orientations portées par l’UNESCO et les pratiques des écoles Waldorf.

Quel monde laisserons-nous à nos enfants ? Comment les préparer au mieux à un avenir incertain ? Quel parent ne s’est pas posé ces questions, au point parfois d’en perdre le sommeil ? Ces mêmes questions avaient préoccupé les membres fondateurs des Nations Unies. C’est pourquoi, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ils ont fondé l’UNESCO (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization), afin de promouvoir la paix en agissant sur l’éducation, la culture et les sciences.
L’équilibre mondial semble à nouveau menacé, les révolutions technologiques et les crises climatiques se succèdent à une vitesse hallucinante. Dans ce monde marqué par l’incertitude, l’éducation doit retrouver sa mission première : celle d’être une véritable force de transformation au service de la paix, de la justice et de la démocratie.
Éduquer à la paix : un enjeu commun
La paix véritable ne se réduit pas à une absence de conflits.
C’est par ces mots que Cecilia Barbieri, Chef de la Section de l’éducation pour la paix et la citoyenneté mondiale de l’UNESCO, a commencé sa prise de parole. Sans réflexion critique, l’éducation peut en effet reproduire des inégalités et perpétuer des formes de violence structurelle. Éduquer à la paix suppose donc une transformation profonde :
- des modes d’organisation et de gouvernance des systèmes éducatifs
- de la culture et du fonctionnement des établissements
- des pratiques pédagogiques
- et des savoirs transmis eux-mêmes : quelles voix sont entendues, lesquelles sont marginalisées ?
Cette vision portée par l’UNESCO est au cœur de la pédagogie Steiner-Waldorf depuis 1919. La première école Waldorf a en effet été fondée au sortir du premier conflit mondial, avec un objectif clair : former des êtres capables de construire la paix, en eux-mêmes et dans le monde.
L’éducation comme force de transformation
Cela implique de réinterroger en profondeur les finalités de l’éducation, mais aussi ses méthodes : que transmettons-nous aux jeunes aujourd’hui — et comment le faisons-nous ? À travers un processus de consultation mondial, l’UNESCO appelle à construire une vision renouvelée de l’éducation, en dialogue avec les acteurs engagés sur le terrain. C’est notamment le rôle du Réseau des écoles associées de l’UNESCO (ASPnet), qui rassemble des milliers d’écoles à travers le monde et agit comme un laboratoire d’innovation pédagogique, au service de la citoyenneté mondiale, de la compréhension interculturelle et du développement durable.
Plusieurs écoles Waldorf à travers le monde participent à cette dynamique, dont l’école Waldorf Perceval de Chatou, membre de ce réseau en France. Elle contribue, au même titre que les autres établissements engagés, à faire vivre concrètement ces orientations dans la pratique éducative.
Rendre aux jeunes le pouvoir d’agir
Pour changer le monde, il faut avoir la volonté de s’y engager, or face aux crises politiques et économiques, aux bouleversements climatiques, aux transformations rapides liées aux nouvelles technologies, de nombreux jeunes ressentent aujourd’hui une forme d’impuissance : ils ont le sentiment que tout est déjà joué, que l’avenir est déjà écrit, et que leur capacité d’action est limitée.
Comment donner aux jeunes confiance dans leur capacité à comprendre le monde, à le questionner — et surtout à le transformer ? Comment développer leur capacité à agir en tant que citoyens responsables, et leur donner envie de participer à la construction de futurs plus justes et durables ?
La pédagogie Steiner-Waldorf repose sur une conviction fondamentale : chaque enfant porte en lui une contribution singulière pour la société. Le rôle d’un professeur est d’accompagner chaque élève afin qu’il puisse révéler pleinement ses potentialités — et, à partir de là, prendre part de manière consciente et créative à la transformation du monde.

Dans cette perspective, le rôle de l’enseignant est central : il ne lui appartient pas seulement de transmettre des connaissances, mais de reconnaître et accompagner ce qui cherche à émerger en chaque enfant. Cela implique un engagement personnel fort de l’enseignant : afin d’accompagner chaque élève vers l’éclosion de toutes ses potentialités, il doit développer un regard attentif envers chaque élève, le considérer dans sa globalité, afin de déceler ses facultés en latence, ses dispositions immergées. Le savoir-faire du maître et la qualité de la relation éducative contribueront à l’éveil qui s’effectuera grâce à l’activité de l’enfant.
Art, créativité et imagination : des compétences essentielles pour l’avenir
Afin de pouvoir transformer le monde, plutôt que d’avoir à le subir, la question de la créativité devient centrale. Il appartient donc à l’enseignant de cultiver cette qualité dont la nécessité se fait particulièrement sentir à l’ère de l’intelligence artificielle.
C’est ici que l’éducation culturelle et artistique joue un rôle déterminant. Comme le souligne l’UNESCO :
« Les arts offrent un potentiel considérable pour enrichir et propulser des apprentissages qui transforment les individus et les communautés, et renforcent leur capacité à construire un monde plus pacifique et durable. »
Dans la pédagogie Steiner-Waldorf, cette intuition est centrale : l’art, l’artisanat et l’expérience vécue ne sont pas périphériques, mais essentiels pour développer l’imagination, la pensée vivante et la capacité d’agir sur le monde
Cultiver un lien vivant au monde : un enjeu pour l’éducation durable
L’éco-anxiété est une cause importante du découragement des jeunes: tétanisés par les désastres climatiques qui se succèdent, ils perdent espoir et ne voient plus l’intérêt de s’engager dans le monde. Face à l’urgence écologique, des appels à une éducation au développement durable se sont multipliés.
Les participants de cet échange à l’UNESCO se sont accordés sur le fait qu’une telle éducation ne peut pas se limiter à la transmission de connaissances, et que l’énoncé de constats alarmants est contre-productif. Pour que les jeunes prennent soin du monde naturel, il faut cultiver leur lien à celui-ci.
Ici aussi, il s’agit d’une intuition que l’on trouve au cœur de la pédagogie Steiner-Waldorf, qui cultive chez les enfants une relation vivante et sensible à la nature. À travers l’expérience concrète, les sorties en nature, les activités de jardinage, les stages de bûcheronnage, le travail des matières naturelles, les élèves construisent peu à peu un rapport incarné à leur environnement.
En nourrissant chez les jeunes un sentiment d’appartenance et de responsabilité, on ouvre la possibilité d’un engagement actif. Il ne s’agit pas seulement de leur permettre de comprendre les enjeux du monde, mais de s’assurer qu’ils se sentent concernés, reliés — et désireux d’agir.
Ainsi, l’éducation au développement durable devient une éducation à la responsabilité, ancrée dans l’expérience et orientée vers l’avenir.
Faire de l’éducation un levier de transformation
Au terme de ces échanges, une conviction commune s’est affirmée : face aux défis contemporains, l’éducation est plus que jamais un levier essentiel de transformation.
Réimaginer l’éducation, comme nous y invite l’UNESCO, ce n’est pas seulement en réformer les structures. C’est ouvrir un espace dans lequel les jeunes peuvent se reconnaître comme sujets capables d’agir, d’imaginer et de construire.
Former des êtres humains libres, responsables et créatifs — capables non seulement d’hériter du monde, mais de le transformer :
telle est l’ambition partagée à la fois par l’UNESCO et les écoles Waldorf. Cette ambition traverse les frontières, elle réunit toutes les nations – celles que l’on retrouve au sein d’ECSWE, où collaborent les fédérations de 28 pays européens, mais plus largement encore, toutes celles qui s’impliquent activement à l’UNESCO. Ensemble, elles contribuent à faire œuvre de paix. C’est une tâche qui n’est jamais terminée, mais elle est porteuse de sens et d’espoir. A ce titre, elle donne de l’élan.
Puissions-nous le transmettre à toutes les générations à venir !
Pascale Xheneumont




