Conseil municipal du 22 juin à Strasbourg

Incohérence et variations sensibles dans les justifications de la suppression des subventions du Jardin d’enfants Les Bons Amis

La Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf en France s’interroge sur les justifications avancées lors du Conseil municipal de Strasbourg du 22 juin dernier, concernant la suppression des subventions au jardin d’enfants « Les Bons Amis ». 

Incohérence préoccupante et variations sensibles dans les motifs invoqués

Le courrier officiel adressé au Jardin d’enfants par la Mairie justifiait la suppression des subventions par un principe de précaution lié à une plainte contre une ancienne enseignante, concernant une affaire remontant à 2010, sans que le jardin d’enfants n’ait jamais été mis en cause, au vu de sa gestion exemplaire de la situation. Toutefois, lors des débats en Conseil municipal, il a été affirmé que cette procédure judiciaire ne constituait pas le fondement réel de la décision. 

Un problème de méthode et d’équité

Le deuxième motif invoqué lors du Conseil municipal repose sur une assimilation injustifiée entre le Jardin d’enfants «Les Bons Amis» et l’Ecole Michaël, deux associations juridiquement distinctes depuis leur création. Comme l’a indiqué Madame Céline Geissmann, adjointe à la Maire de Strasbourg, la décision de supprimer les subventions du jardin d’enfants Les Bons Amis s’appuie sur une mise en demeure de l’Éducation nationale concernant l’Ecole Michaël. dont les élèves rejoignent pourtant avec succès d’autres établissements à l’issue de leur scolarité. La Mairie fonde donc une décision lourde de conséquences sur un élément concernant un autre établissement, sans évaluation directe du Jardin d’enfants, dont les inspections (par la PMI et par la Ville de Strasbourg) n’ont jamais remis en cause le fonctionnement. 

Une mise en cause de la pédagogie Steiner-Waldorf

Enfin, dans sa conclusion, Madame la Maire a motivé la décision par une remise en cause de la pédagogie Steiner-Waldorf elle-même. Or, la présentation qui en a été faite lors des échanges est subjective, partielle et erronée.  

L’enquête menée par l’école Michaël met en lumière les très bons résultats des élèves sortants (quel que soit le niveau). En outre cette pédagogie est reconnue et soutenue dans de nombreux pays européens, souvent avec financement public. Elle est identifiée, notamment par Andreas Schleicher (fondateur de l’étude PISA), comme particulièrement pertinente pour répondre aux défis éducatifs contemporains par son développement de la créativité et de l’adaptabilité des élèves et la transversalité de son approche. De nombreuses écoles Waldorf dans le monde appartiennent au réseau des écoles associées de l’UNESCO, et certaines bénéficient de reconnaissances nationales et internationales, comme au Royaume-Uni où une école Steiner-Waldorf a été classée meilleure école en 2025 selon le Fairer Schools Index. 

Une atteinte au libre choix pédagogique des parents dans un contexte de baisse démographique

En outre, en invitant immédiatement et explicitement les familles à se tourner vers l’école publique, sans laisser aux établissements concernés le temps d’engager un dialogue, ou de chercher une solution à l’arrêt des subventions municipales, la Ville porte atteinte au libre choix pédagogique des parents. Cette liberté est pourtant explicitement garantie par l’article 14 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui reconnaît le droit des parents à assurer l’éducation de leurs enfants conformément à leurs convictions. 

Une telle orientation revient de facto à privilégier un modèle éducatif unique, au détriment de la diversité des propositions pédagogiques, une diversité qu’il est pourtant essentiel de préserver, en particulier dans un contexte de baisse démographique : Madame Geissmann a en effet annoncé récemment devoir fermer 18 classes dans le secteur de l’école publique.

Cette situation interroge d’autant plus qu’elle survient à Strasbourg, capitale européenne, qui devrait à ce titre être particulièrement attentive au respect des principes fondamentaux qu’elle incarne. 

Introduction d’un recours pour excès de pouvoir

Dans son édito du numéro de juin 2026 de Strasbourg Magazine, Madame la Maire écrivait « Strasbourg est une ville diverse, faite de quartiers, d’histoires, de réalités différentes. Elle ne peut pas se penser de manière uniforme. Elle s’organise au quotidien, au plus près des besoins des habitantes et des habitants. » 

La Fédération s’interroge : cette décision n’a pas été mise au vote du Conseil municipal : reflète-t-elle réellement la volonté des élus et des Strasbourgeois ? La Mairie doit-elle se substituer aux parents pour décider ce qui est mieux pour leurs enfants en termes de pédagogie ? A l’heure de la promotion de l’engagement citoyen, pourquoi pénaliser des parents qui se sont engagés dans une association à but non-lucratif dans l’intérêt des enfants ? 

Devant l’absence dialogue de la part de la Mairie et sans explication cohérente et rationnelle de cette décision, les deux établissements concernés ont été contraints d’introduire un recours pour excès de pouvoir afin de contester la différence de traitement dont ils sont victimes par rapport aux autres établissements de Strasbourg. 

LIRE LE COMMUNIQUE DE PRESSE DE LEUR AVOCAT MAITRE BRENGARTH