

Développer les compétences humaines par le travail manuel
Une nécessité éducative à l’ère de l’intelligence artificielle
À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse le monde du travail et de l’éducation, il devient urgent de s’interroger : quelles compétences humaines voulons‑nous cultiver pour l’avenir ?
Alors que l’intelligence artificielle automatise et transforme nombre de tâches intellectuelles, le travail manuel apparaît comme une voie d’avenir grâce aux nombreuses compétences irremplaçables qu’il permet de développer. Malheureusement souvent dévalorisé, il se révèle pourtant aujourd’hui comme un lieu unique de créativité, de sens, de liberté et de responsabilité. Une idée que Rudolf Steiner formulait déjà au début de 20ème siècle, voyant dans les mains de l’homme « le plus beau symbole de la liberté humaine ».
Travail et intelligence artificielle : une transformation en profondeur
Le monde du travail est en pleine restructuration du fait du développement de l’intelligence artificielle. Selon l’OCDE1, environ 14 % des emplois présentent un risque élevé d’automatisation, tandis que près de 30% devraient voir leurs tâches profondément transformées. De son côté, le McKinsey Global Institute estime que l’IA générative pourrait automatiser jusqu’à 30 % des heures de travail d’ici 2030 dans les économies avancées2. Ces chiffres peuvent inquiéter, laissant craindre un effacement du travail humain au profit des machines. Cependant, ils invitent en réalité à une lecture plus nuancée : ce ne sont pas des métiers entiers qui risquent de disparaître, mais certaines tâches facilement automatisables. On peut dire que la valeur du travail se déplace : l’attention se porte désormais sur ce que les machines ne savent pas faire — ou pas encore, notamment tout ce qui mobilise des capacités profondément humaines : la perception fine, l’adaptation à des environnements non standardisés, le jugement concret, l’improvisation face à l’imprévu, et la responsabilité personnelle. Autant de qualités qui ne se programment pas et où le travail manuel révèle sa force.
L’intelligence manuelle, une intelligence incarnée
« Priver l’humain de son intelligence manuelle, c’est anesthésier son rapport au monde. A l’heure du tout-écran, nos expériences sont de plus en plus coupées d’une réalité matérielle » Gabrielle Legeret, fondatrice de l’association de l’Or dans les Mains.
L’importance de l’intelligence manuelle et sa nécessaire revalorisation est au cœur de la mission de l’association De l’or dans les mains. Devant le constat de la primauté accordé au travail intellectuel, notamment à l’école, et ce malgré tous les bénéfices de la pratique manuelle que nous allons détailler dans cet article, l’association s’engage pour réintroduire l’artisanat à l’école (réintroduire, car les travaux manuels existaient jusqu’en 1985, date à laquelle ils furent remplacés par l’enseignement de la technologie), en montrant notamment que le travail manuel ne se réduit pas à une simple technique, mais mobilise toute la capacité de réflexion et de perception de l’élève.

En effet, travailler de ses mains, ce n’est pas seulement exécuter : c’est percevoir, anticiper, ajuster, décider. La main devient le prolongement vivant de la pensée. C’est ce que l’on peut appeler une intelligence incarnée : une intelligence qui ne se limite pas à l’abstraction, mais qui s’enracine dans l’expérience vécue, le corps et la perception.
Cette notion d’intelligence est au cœur des travaux d’universitaires. Dans son ouvrage Ce que sait la main, Richard Sennett, sociologue américain, montre que le travail manuel n’est pas une simple exécution mécanique, mais une forme d’intelligence incarnée qui mobilise :
- La perception sensorielle : Le toucher, la vue, l’ouïe (ex : un menuisier qui écoute le son d’une planche pour en évaluer la qualité).
- L’adaptabilité : La matière résiste, obligeant l’artisan à improviser et ajuster son geste (contrairement à une machine, qui suit un programme rigide).
- La résolution de problèmes : Chaque projet est unique et exige une réflexion en action (ex : un électricien qui doit trouver une solution dans un bâtiment ancien aux normes obsolètes).
Il rejette également la séparation cartésienne entre la main et l’esprit, en montrant que la main « pense » : elle anticipe, corrige, invente, comme dans le cas d’un potier , par exemple, qui ajuste la pression de ses doigts en fonction de la texture de l’argile. Travailler de ses mains, c’est ainsi unir le corps et l’esprit, une compétence que l’IA ne peut imiter.
Le philosophe Matthew B. Crawford éclaire lui-aussi cette réalité. Dans ses travaux (notamment son livre Eloge du carburateur), il montre que les métiers manuels qualifiés mobilisent une intelligence du réel que les systèmes automatisés peinent à reproduire. Le mécanicien ou l’artisan doivent répondre à des situations concrètes, souvent imprévisibles, où aucune procédure standard ne suffit. La matière résiste, oblige à observer, à recommencer, à faire preuve de discernement. Cette confrontation au réel forme une pensée pratique, profonde et complexe, ancrée dans l’expérience, et qui n’est en aucun cas inférieure à l’intelligence théorique.
Ainsi, le travail manuel nous rappelle que nous sommes des êtres incarnés, capables de transformer le monde par notre intelligence pratique, ce qui apporte du sens à l’activité à l’heure où de nombreuses activités professionnelles deviennent abstraites et médiatisées par des écrans.
Le travail manuel face aux limites de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle est très performante dans le traitement massif de données, pour prédire des tendances ou reproduire des modèles. La chercheuse Kate Crawford, dans son livre Contre-atlas de l’intelligence artificielle, explique cependant que la dépendance de l’IA aux données entraîne une limitation dans ce qu’elle peut faire. Les algorithmes ne peuvent que suivre des règles prédéfinies : ils sont beaucoup moins performants dans des environnements non standardisés, qui nécessitent de faire face à des imprévus, de juger avec subtilité, de faire preuve d’un sens moral, d’innover… en somme de comprendre le monde réel dans toute sa complexité.
Certaines tâches répétitives peuvent donc être automatisées mais d’autres demeurent étroitement liées à la présence humaine. C’est dans ces zones où l’intelligence artificielle échoue que le travail manuel prend toute son importance. Le geste humain engage simultanément la pensée, le corps et l’intuition. Il exige attention, sensibilité et adaptation continue, qualités que les machines ne peuvent pas reproduire.
Les métiers de la main : un avenir économique, écologique et humain
« Dans un contexte politique et social extrêmement tendu, ils [les métiers de l’artisanat] peuvent contribuer à (re)faire société, parce qu’ils proposent un autre modèle de vivre ensemble. Au-delà de soutenir l’emploi, ils dynamisent les communautés locales en proposant des biens et de services de proximité, mais également des lieux de vie culturelle et sociale, en marge des logiques industrielles de marge. Ils valorisent les circuits courts et la production de biens durables parce que réparables, en utilisant des ressources locales, en recyclant leurs rebuts, en relançant des filières ou même en innovant dans l’utilisation de nouveaux matériaux.
Il n’y aura pas de transition écologique sans les métiers de la main. Replacer l’intelligence manuelle au sein de la société est un prérequis pour nous reconnecter au vivant, en répandant nos modes de vie et de consommation. Il est vain de penser que la technologie nous sauvera du réchauffement climatique. Les métiers manuelles et l’artisanat, en revanche, sont de puissants leviers pour remodeler notre modèle de société, accompagner notre transition, transformer nos façons de vivre comme nos imaginaires. Ils incarnent une haute technicité et des solutions novatrices à la crise écologique actuelle. »
Ces mots de Gabrielle Legeret, présidente de l’association de l’Or dans les Mains, en préface de l’ouvrage « En finir avec les idées fausses sur les métiers manuels et l’artisanat », affirment de façon claire l’importance des métiers manuels pour l’avenir économique, écologique et humain et l’urgence de les réhabiliter au sein de notre société.
Des métiers d’avenir dans un monde en crise
« Si vous êtes électricien, plombier ou charpentier, nous allons avoir besoin de centaines de milliers d’entre vous pour construire toutes ces usines. Le segment des métiers qualifiés de chaque économie va connaître un véritable boom. » — Jensen Huang, PDG de NVIDIA3.
Bien que le numérique semble, côté utilisateur, purement dématérialisé, il n’en est rien : il repose sur l’existence d’énormes infrastructures physiques, les « data centers », qu’il faut bien construire et entretenir. Comme l’explique le PDG de Nvidia, la demande d’artisans qualifiés pour ces travaux va exploser.
Par ailleurs, les métiers manuels sont également un gage de sécurité dans un économie qui subit des crises successives : très ancrés dans les territoires, ils sont peu délocalisables et ils répondent à des besoins concrets (construire, entretenir, réparer) qui sont durables et ne risquent pas de disparaître. Cette stabilité constitue leur force.
Même sans en faire son métier, les compétences manuelles et artisanales deviennent nécessaires dans notre monde à l’avenir incertain : savoir bricoler, cultiver ou construire… permettent de gagner en autonomie et donc devenir plus résilients face à tout ce qui peut arriver.
Une réponse aux enjeux écologiques

Réparer plutôt que jeter, entretenir plutôt que remplacer : le geste artisanal s’inscrit dans une logique de sobriété et de responsabilité. Il rétablit un lien conscient entre l’être humain, la matière et les ressources naturelles.
Notons aussi que les compétences numériques sont soumises à l’obsolescence, au contraire des savoir-faire manuels qui durent toute une vie.
Le travail manuel comme remède au manque du sens
De nombreux témoignages soulignent combien le travail manuel apporte sens et satisfaction. Voir le fruit de son action, transformer la matière, exercer sa volonté dans le geste favorisent un rapport plus sain au travail et à soi-même. Le faire devient un espace d’ancrage, de calme et de confiance et favorise ainsi la santé mentale.
Richard Sennet et Matthew B. Crawford ont tous les deux souligné cet aspect dans leurs travaux.
Sennett critique la division du travail (héritée de Taylor et Ford) qui réduit l’ouvrier à une machine exécutante. Il note qu’à l’inverse, l’artisanat permet de rendre le travailleur autonome (il maîtrise l’ensemble du processus, de la conception à la réalisation) tout en créant du lien social (car les ateliers sont des lieux de transmission et de coopération), les deux étant source d’épanouissement.
Crawford, quant à lui, observe une crise existentielle chez les jeunes diplômés :
- Désillusion face aux études : Des années à étudier pour des emplois inutiles ou précaires.
- Perte de repères : Dans un monde où tout est virtuel et dématérialisé, le travail manuel offre un ancrage concret.

Il fait le constat accablant que, dans les sociétés contemporaines, le travail est de plus en plus abstrait, dématérialisé et déconnecté du réel. Les emplois de bureau, les métiers du « savoir » et même certaines professions libérales (consultants par exemple) sont souvent dépourvus de sens concret et dépendants aux écrans, se résumant à une suite de clics. Pour retrouver un métier qui fait sens, nombres de diplômés envisagent une reconversion vers l’artisanat, parmi lesquels 51 % ont moins de 35 ans et 35 % appartiennent aux catégories supérieures (cadres ou professions intellectuelles)4.
Cette tendance se reflète dans l’apprentissage : la proportion d’apprentis en reconversion est passée de 2 % à 6 % en quatre ans, et celle des apprentis déjà diplômés (Bac + 2 et plus) a augmenté de 9 % à 14 %5. Aujourd’hui, un artisan sur cinq possède un diplôme supérieur à Bac + 2, et environ 25 % des créations ou reprises d’entreprises artisanales concernent des cadres ou jeunes diplômés, dont 10 % des 130 000 adultes formés chaque année sont des cadres en reconversion6, illustrant le succès croissant de ce virage professionnel vers les métiers manuels.
Pour les jeunes, la pratique artisanale peut procurer une satisfaction qui serait une « alternative à la jouissance provoquée par un like sut TikTok »7, et donc les faire décrocher des écrans, dont on sait aujourd’hui la nocivité pour la santé mentale, pour les amener vers une activité ancrée dans le réel.
Loin d’être un vestige du passé, les métiers manuels et artisanaux sont donc au contraire un chemin d’avenir face aux différentes crises qui secouent le monde moderne.
Une éducation tournée vers l’avenir humain
Réintroduire les pratiques artisanales à l’école nous apparaît donc, de même qu’à l’association de l’Or dans les mains, un véritable enjeu éducatif.
Sortir de la hiérarchie entre penser et faire
L’école s’est construite sur une opposition entre travail intellectuel et travail manuel, la primauté étant accordée au premier, reléguant malheureusement le travail manuel à un loisir sans intérêt, ou à une « voie de garage » pour les filières professionnelles. Cela met de côté de nombreux élèves qui rencontrent des difficultés avec les matières académiques abstraites, alors qu’ils pourraient s’épanouir dans des travaux plus concrets et en lien avec le réel. En ce sens, proposer des ateliers d’artisanat à l’école permet de lutter contre le décrochage scolaire, en s’adressant à tous les élèves quel que soit leur type d’intelligence.
Ces ateliers peuvent servir à la fois à donner le goût du travail manuel et l’envie d’en faire son métier (l’orientation en filière professionnelle étant alors choisie et non plus subie comme c’est souvent le cas aujourd’hui), mais aussi tout simplement aider à comprendre des notions abstraites en passant par une activité concrète : par exemple un travail de couture pour travailler la géométrie, comme celui présenté par une professeur de mathématique dans l’émission « Etre et savoir -comment sortir de l’opposition travail intellectuel / travail manuel ? »8.
La science démontre également que l’opposition entre travail manuel et compétences intellectuelles ne repose sur aucune base neurobiologique. Au contraire, activités manuelles et compétences intellectuelles sont profondément liées, comme le montre cette étude prouvant la relation entre le maniement d’outils et la compréhension de phrases à la syntaxe complexe. Offrons donc aux enfants et aux jeunes une éducation qui leur permettre de développer toutes leurs facultés.
Développer des compétences essentielles pour l’avenir
« L’éducation de demain se concentrera davantage sur le développement des capacités humaines qui sont les moins susceptibles d’être parfaitement reproduites par des systèmes autonomes. » Kolade, Employment 5.0 (2022)9
Dans cette recherche sur le futur du travail, l’auteur réfléchit aux compétences d’avenir que doit développer l’éducation pour faire face aux mutations du monde du travail. Kolade identifie sept compétences centrales (créativité, pensée critique, communication, collaboration, résolution de problèmes, gestion de l’information, techniques spécialisées) et cinq compétences contextuelles (éthique, conscience culturelle, flexibilité, autonomie, apprentissage continu). Il souligne que ces compétences sont essentielles pour distinguer l’humain de la machine.
Toutes ces aptitudes sont pleinement mobilisées dans le travail manuel et artisanal, qu’il s’agisse de sculpter, de travailler le bois, de réparer, de construire… Ces activités engagent l’intelligence, la volonté et la sensibilité. L’enfant y expérimente sa capacité à agir sur le monde et à en assumer les conséquences.
Alors que reste-t-il dans ce monde qui change à vitesse exponentielle ? Les emplois très qualifiés et les personnes qui créent, produisent et maintiennent toutes ces innovations technologiques. Dit autrement, qu’est-ce qui ne sera jamais confié à des machines ? La créativité humaine, l’innovation, l’art, la création, l’entreprenariat… Or, l’éducation au sein des écoles Waldorf apporte le cadre idéal pour préparer les enfants à entrer dans ce monde car elle favorise justement la créativité, la diversité, et la prise de conscience des enjeux environnementaux dès le plus jeune âge – Thomas Oury, ancien élève Waldorf, entrepreneur et directeur des opérations à Apidays.
L’école Waldorf : le travail manuel au cœur du parcours éducatif

Depuis plus d’un siècle, les écoles Waldorf font de cette évidence une réalité pédagogique. En reliant la main, le cœur et la tête, elles forment des êtres capables de penser et d’agir, d’imaginer et de construire, de comprendre et de faire.
Dans les écoles Waldorf, le travail manuel fait partie intégrante du parcours éducatif. Tricoter, sculpter, coudre, jardiner ou travailler le cuivre ne sont pas des activités périphériques : ce sont des piliers structurants de la pédagogie, au même titre que les apprentissages intellectuels et artistiques.
La pédagogie Waldorf vise l’équilibre entre penser, sentir et vouloir. La force du travail manuel réside précisément dans sa capacité à relier ces trois dimensions. Le geste manuel engage le corps, l’appréciation du travail sollicite le sens esthétique et l’émotion, et la planification du travail fait appel à la compréhension des processus à mettre en œuvre.
Lorsqu’un élève tricote, travaille le bois ou façonne l’argile, il ne se contente pas d’exécuter une tâche : il apprend à anticiper, à corriger, à ressentir la matière, à faire face à l’erreur. L’erreur n’est pas sanctionnée ; elle devient une occasion d’apprentissage. Cette approche développe une pensée souple, capable de s’adapter — une qualité essentielle dans un monde en transformation rapide.
Former à des gestes manuels à l’école Waldorf ne signifie pas orienter précocement vers un métier. Il s’agit de former l’être humain dans sa globalité (tête, cœur et mains), afin qu’il puisse, plus tard, choisir librement sa voie — qu’elle soit artisanale, artistique ou intellectuelle.
À l’ère de l’intelligence artificielle et des promesses qu’elle fait miroiter, ne faudrait-il pas interroger ce que nous appelons réellement le progrès ? Peut-être réside-t-il moins dans la délégation croissante aux machines que dans notre capacité à cultiver ce qui demeure proprement humain. ? Le travail manuel apparaît alors comme une réponse pertinente, tant par les compétences qu’il permet de développer que par les réponses qu’il apporte aux enjeux économiques, écologiques et existentiels.
Comme le rappelait Rudolf Steiner, nos mains sont le symbole vivant de notre liberté. Leur redonner toute leur place dans l’éducation, c’est préparer un avenir plus humain, un avenir où la technique reste au service de l’homme, et non l’inverse.
Notes
- https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2019/04/oecd-employment-outlook-2019_0d35ae00/9ee00155-en.pdf
- https://www.mckinsey.com/mgi/our-research/generative-ai-and-the-future-of-work-in-america
- https://www.channel4.com/news/electricians-and-plumbers-will-triumph-in-ai-race-nvidia-boss
- https://www.bfmtv.com/societe/en-france-37-des-salaries-envisagent-une-reconversion-vers-l-artisanat_VN-202309130069.html?
- https://batinfo.com/en/actuality/the-profile-of-apprentices-in-crafts-is-diversifying-and-their-number-is-increasing_29620
- https://jobs.makesense.org/fr/media/competences-formations/reconversion-professionnelle-artisanat/?utm_source=chatgpt.com
- https://video.lefigaro.fr/figarotv/emission/dossier/paris-d-ecole
- https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/etre-et-savoir/education-comment-sortir-de-l-opposition-travail-intellectuel-travail-manuel-1395807
- https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160791X22002275


